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Publié par ulysse92

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Lueurs matinales

Lueurs matinales

Le 14 septembre 2015

Après un bon petit déjeuner, je quitte vers 7h30 "Saint Alban de Limagnole" qui s éveille doucement, encore engourdi par les nappes de brouillard qui habillent ses cimes et ses toits.
Comme chaque matin, un temps est nécessaire pour retrouver la sensation agréable de la marche.
En montant sur les hauteurs, je croise Christian, le béarnais qui fait son premier chemin avec Ali.
Il est seul et attend les autres à ce point de rendez-vous.
Il me parle de l accueil pèlerin un peu miteux, de son lit dont il ne restera que le nom.
Nous échangeons quelques paroles de réconfort et je lui souhaite un beau périple sachant qu' il est probable que nous ne ne recroiserons jamais.
Je me retourne une dernière fois, le regardant assis, les pensées perdues au loin.
Je me surprends à penser :"le corps souffre parfois pour que l'esprit s 'envole un peu".

decor de reve pour poser quelques pas
decor de reve pour poser quelques pas

decor de reve pour poser quelques pas

Je tourne mes pas vers cette nouvelle journée de découverte.
C'est comme un appel, une force indescriptible qui vous pousse à aller de l'avant en terrain inconnu.
Il me semble parfois faire partie de ce terrain inexploré qui se découvre au fur et à mesure des kilomètres en solitaire.

Après une bonne montée ou les mollets grinceront un peu, les pas défilent seuls tandis que la pluie se met de la partie pour me rafraichir.
Je ne remettrai pas ma veste, étanche certes, mais trop transpirante.
Un poncho sur un tee shirt me maintiendra du froid tandis que se présentent à moi des chemins, des pentes à travers la forêt.
"Chabanes Planes", "Les Estrets", "Les granges de Bigose", tout ces bourgades se traversent sous cette pluie fine.

souvenirs pelerinssouvenirs pelerins

souvenirs pelerins

Au détour d'un chemin, je découvre un sac abandonné de marcheur avec des affaires laissées pour ceux qui en ont besoin. 
Petit clin d’œil pour rappeler la difficulté du périple et la nécessité de marcher plus léger.

Beaucoup iront d ailleurs à la poste à SAUGUES ou au village d'après pour renvoyer une partie de leur sac.

Le rythme soutenu me permet d' arriver rapidement à AUMONT-AUBRAC avec la pluie, fidèle compagne toujours là pour vous rafraichir.
Une petite balade au coeur du village ou je tombe sur la croix de l'oustalet ( croix des chemins de Saint-Jacques)

croix des chemins de Saint-JacquesJe m'arrête dans un bistrot pour me réchauffer un peu.
Quelques minutes passées avec un bon café chaud seront des instants de bonheur privilégiés, tandis que je regarde d'une manière distraite les gens du coin "pester" sur ce temps pourri.

Une petite claque liée au choc thermique me réveille une fois dehors.
Je quitte le village pour aller gravir une montée caillouteuse sur laquelle mes pieds ricochent.
Je sens une  brûlure côté droit entre le devant du pied et le long du tibia.
Rien de bien grave, le chemin exacerbe le corps dans ses tensions imprévues.
Tout doucement, je prends de l'altitude en 6 kilomètres en passant de 1040 m à 1174 m.
Le corps se tend, se raidit sous la pluie mais je continue d'avancer.
Je mange mon sandwich en marchant. Du bon pain avec du jambon de pays, histoire de rester dans la gastronomie locale.
La digestion sera difficile.
Un signe de plus pour jeûner le midi à partir des prochains jours. Mon corps a besoin de se nettoyer.

solitude a perte de vue sur des chemins de poussiere
solitude a perte de vue sur des chemins de poussiere

solitude a perte de vue sur des chemins de poussiere

Au 25ème km, aux "Quatre Chemins", je sens que je dois continuer à avancer.
Me voici reparti sur cinq kilomètres de pluie, sur des chemins serrés entre des herbages immenses.
Un temps de confrontation avec Dame Nature vêtue de son manteau automnal et glaçant.
Le vent me fouette le visage, les bras se glacent à l approche des plaines désertiques de l Aubrac.

Sans réservation, je me rapproche du hameau  " les gentianes".
Tout est complet. Une horde de randonneurs a investi les lieux et  arrive en troupeaux serrés pour leur café ou tisane.
Finalement c'est mieux ainsi.
Je me sens pas à ma place dans ces groupes bruyants, venant rompre la sérénité dans laquelle j'ai baigné toute la journée.
Je bois un café pour me réchauffer un peu, le temps de chercher un plan de secours.
Cela fait 30 kilomètres que je marche et j'ai envie de prendre une bonne douche chaude.

MALBOUZON reste une délivrance possible.
J appelle pour réserver et dire que j arrive dans 30 minutes. Les 2 derniers kilomètres se font au mental.
Quand j arrive dans le village , je croise au même moment (Merci la chance :-) la gérante du gîte communal qui m'identifie aussitôt.
Je suis la seule personne venant s'égarer ici à cette période.
Je fais quelques courses rapides en remerciant ce commerce de proximité ouvert avant de prendre possession de ma chambre perdue dans un immense couloir sombre, sonore au 3ème étage de ce grand bâtiment communal.
Mon corps me remercie après cette bonne douche qui vient me soulager, attendrir mes muscles fatigués.
 

Seul dans ce grand bâtiment, je mets un peu de musique pour me réchauffer l’Âme car ce soir tout est souffrance.
Je mange pour me ressourcer mais le plaisir n'y est pas. ( j'en abandonnerai la moitié demain au gîte pour les prochains visiteurs )
Ma solitude sera un temps interrompue avec l'arrivée d' une pèlerine allemande qui veut aller à lourdes en 11 jours.
Démonstrations mathématiques mélangées à mon "anglais de terrain" pour essayer de lui faire comprendre qu elle devra faire 50 kilomètres par jour pour arriver à son objectif.
La désillusion est terrible mais elle espère le faire.
Sur des derniers conseils, je rejoins mon matelas sommaire.
Le sommeil prend très vite sa place pour une nuit que j espère récupératrice .

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